Mon Grand-père pendant la guerre.

Juin 1940. La cérémonie de mariage à l’église du village tirait à sa fin. Mon oncle avait réussi à fausser compagnie à sa mère pour sortir de l’église sous le classique prétexte d’une petite envie pressente.

Arrivé sur le parvis, l’enfant fut abasourdi par le spectacle. Un détachement entier de tirailleurs sénégalais attendait à l’ombre des arbres de la place du village. Pour un enfant de la campagne âgé de huit ans, la vue de ces soldats noirs était un spectacle fascinant. Ils avaient l’air très fatigués mais propres, fiers, avec leur équipement complet, et ne ressemblaient pas à une armée en déroute. Cette troupe coloniale était commandée par un simple adjudant blanc. Les officiers et sous officiers avaient depuis longtemps été faits prisonniers. Pourquoi étaient-ils là, qu’attendaient-ils ?

Mon oncle resta à les observer, à regarder leur matériel, leur tenue, leur visage, mais n’osait pas les approcher. Quelques instants plus tard, les villageois sortirent en silence de l’église tout en regardant les militaires. Les adultes comprirent la raison pour laquelle les sénégalais restaient là et ne traversaient pas la rivière.

De l’autre côté du pont qui enjambait la rivière nommée la Vienne, étaient postés les allemands. Ils avaient déployés une mitrailleuse pour empêcher la traversée du pont.

Quelques villageois habitant de l’autre côté de la rivière s’aventurèrent à pas lents sur le pont. Ils avancèrent tout en regardant la réaction des allemands. Au fur et à mesure de leur avancée, et constatant que les allemands ne donnaient aucune mise en garde, le pas des villageois s’accéléra et ils traversèrent le pont en passant à coté du nid de mitrailleuse sans regarder.

Les allemands étaient là uniquement pour bloquer le détachement de tirailleurs sénégalais qu’ils connaissaient de réputation et dont ils craignaient particulièrement le courage.

Mais le groupe de soldats français était sous commandé, et n’avait nullement l’intention d’affronter l’armée allemande. L’armistice n’avait pas encore été signé mais les français savaient que la fin de la guerre était proche. Trois heures plus tard, ils quittèrent le village sans traverser le pont. On apprit plus tard qu’ils furent faits prisonniers quelques jours plus tard.

Le repas de mariage se déroula dans une grange du village et fut l’un des derniers à offrir aux convives autant de victuailles.

Au début de l’occupation en 1940, la France fut coupée en deux par une frontière nommée ligne de démarcation. Cette ligne coupait la France en deux, le nord et la côte atlantique occupés par les Allemands, le sud de France qui était sous l’administration de Vichy.

La ligne de démarcation passait entre autre par le département de la Vienne, et un point de passage était situé à quelques kilomètres du village de mon grand-père.

Mon grand-père était boulanger dans un village en zone libre. Afin de continuer à faire ses tournées pour livrer le pain, il franchissait le poste frontière grâce à un laissez- passer nommé Ausweis.

En cette période de restriction, l’essence était introuvable. Alors pour faire rouler sa camionnette, mon grand-père avait fait installer un système qui faisait tourner le moteur au gaz. Ce système nommé Gazogène était constitué d'une grosse chaudière fixée sur le coté de la camionnette et remplie de charbon. La combustion produisait du gaz qui faisait fonctionner le moteur.

Pouvoir passer librement la ligne de démarcation était un rare privilège. Mon grand-père aimait aller contre l’autorité. Il profita donc de son laissez-passer pour cacher dans le gazogène des courriers afin de les passer discrètement du côté occupé. La plupart de ces courriers provenait de familles juives qui désiraient communiquer avec des membres de leurs familles restés en zone occupée. Certaines de ces lettres étaient destinées à des personnes incarcérées à la prison de Poitier. Arrivé du coté occupé, mon Grand-père plaçait simplement les courriers dans une boite aux lettres.

Mon grand-père remplissait à ras bord la chaudière à charbon, et plaçait sur le dessus de la pile de charbon, le paquet de lettres clandestines. Cet endroit restait froid suffisemment longtemps pour passer la frontière. Un jour, au passage de la ligne de démarcation, un des gardes que l'on appelait "dents d'or" à cause de sa dentition presque entièrement constituée de dents en or, décida de faire de l'excès de zèle. Il retenu un long moment mon grand-père en contrôlant aussi bien les papiers que le véhicule. On ne le saura jamais pourquoi, Dents d'Or demanda à mon grand père d'ouvrir aussi la chaudière. Il se produisit alors ce qui arrivait parfois, c'est à dire un brusque retour de flamme provoqué par l'appel d'air à l'ouverture de la trappe. La flamme brula des cheveux de l'allemand, ce qui mis fin sur le champs à son contrôle pointilleux. Cet appel d'air enflamma malheureusement également les courriers cachés dans la chaudière. Les lettres étaient perdues, mais mon Grand-Père était sauvé.

Plus tard, lors de la communion de mon oncle, des miliciens s’étaient présentés à l’entrée de la boulangerie afin de contrôler si des résistants ne s’étaient infiltrés parmi des invités. Il fut insupportable pour mon grand-père que ces miliciens viennent gâcher la fête. Par un geste diplomatique que je lui ignorais, il leur amena quelques bouteilles de vin, du pain noir, et une bonne terrine. Il réussit à les convaincre que cette réunion était uniquement familiale, et ils repartirent boire et manger à l’autre bout du village.

Sous l’occupation, les boulangers ne devaient fabriquer que du pain noir. Mais mon grand-père qui connaissait bien le meunier, et devant les demandes fréquente des clients, proposait sous le comptoir de belles miches de pain blanc. Cette petite amélioration de l’ordinaire des villageois dura quelques années jusqu’à une dénonciation qui obligea toute la famille à quitter ce petit village de la vallée de la Vienne. La famille monta à Paris pour ouvrir une boulangerie en banlieue, puis quelques années plus tard, en plein centre de Paris.

J’appris ces événements concernant mon grand-père pendant la guerre lors d’une conversation en famille et à mon grand regret, bien longtemps après sa mort.

FB

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